Le groupe italien Avio, spécialiste des lanceurs spatiaux et de la propulsion, a bondi en Bourse le 26 octobre. Son action a gagné 4,64 % à 32,05 euros à Milan, après que la banque d’investissement Berenberg a relevé sa recommandation sur le titre. L’établissement, qui avait initié sa couverture en septembre avec une position neutre, voit désormais un potentiel de hausse d’environ 22 %.
Le cœur de l’argumentaire porte sur la défense. Selon Berenberg, la pénurie de moteurs-fusées à propergol solide, qui équipent les missiles, est de nature structurelle et s’est aggravée avec les conflits en cours. La banque cite notamment la guerre avec l’Iran, qui puise dans les stocks de missiles américains.
Elle estime que le marché américain et européen de ces moteurs passera de 1,9 milliard de dollars en 2025 à 5,8 milliards en 2030. Avio est bien placé pour en profiter : Lockheed Martin et Raytheon l’ont associé à six programmes, dont le Precision Strike Missile, le Tomahawk et la famille des Standard Missile.
En Europe, Avio livre aujourd’hui environ 300 moteurs militaires par an depuis l’Italie. Berenberg anticipe un rythme proche de 1 000 unités d’ici trois ans, porté par les commandes de missiles Aster 30 et la production de MBDA. Aux États-Unis, l’usine de Virginie doit voir sa capacité passer de 700 à 2 100 tonnes, pour un investissement supplémentaire estimé entre 200 et 400 millions d’euros. Ce site, dont le coût dépasse 500 millions de dollars, constitue aussi le principal risque : il ne devrait pas produire avant fin 2028, ce qui limite la croissance de l’Ebitda d’ici là. Berenberg applique d’ailleurs une décote de 12 % pour tenir compte du risque d’exécution.
Le spatial reste aujourd’hui la première source de revenus d’Avio, grâce au lanceur Vega-C et aux propulseurs P160C qui équipent Ariane 6, avec des cadences de lancement appelées à augmenter. Mais la défense devrait peser de plus en plus lourd : Berenberg prévoit un chiffre d’affaires de la propulsion militaire de 532 millions d’euros en 2030, contre 312 millions précédemment. À cet horizon, la banque relève de 17 % son estimation de chiffre d’affaires consolidé, à 1,22 milliard, et de 42 % celle de l’Ebitda ajusté, à 141 millions d’euros. La marge atteindrait 11,6 %, contre 9,5 % auparavant. Ces prévisions dépassent le consensus de 19 % pour le chiffre d’affaires et de 49 % pour l’Ebitda ajusté. Berenberg valorise le groupe à 17,5 fois son Ebitda 2030.
Au-delà du parcours boursier, cette analyse confirme le statut stratégique d’Avio. Maître d’œuvre du lanceur européen Vega et fournisseur clé d’Ariane 6, le groupe devient aussi un maillon essentiel du réarmement occidental. Pour l’Italie, il illustre la capacité de son industrie à se positionner sur les segments où la demande dépasse aujourd’hui largement l’offre.